t'es trop belle Lolo !
La femme antillaise, notamment celle qui vit en France, est une femme moderne car très active. Claude-Valentin MARIE, directeur du GIP (Groupe d'études de lutte contre les discriminations), précise qu'elles sont beaucoup plus actives que les métropolitaines vivant en île de France, avec un taux moyen d'activité de 78% contre 56% pour les Franciliennes. Elles travaillent doublement pour assurer la charge de leur famille qu'elles assument souvent seules. Il faut savoir que près d'un quart des mères antillaises élèvent leurs enfants seules, contre une Francilienne sur dix. Ce sont donc les femmes assumant une famille monoparentale qui sont les plus actives. C'est aussi le cas de celles qui vivent aux Antilles et en Guyane.
Les Antillaises sont donc des femmes actives et indépendantes, et de ce fait modernes. Mais, elles sont aussi terriblement seules. Une solitude qui, dans bien des cas, génère une grande souffrance. La majorité de celles qui me consultent, le font parce qu'elles ont été à maintes reprises abandonnées par un concubin ou engrossées par un amant de passage. La souffrance provoquée par les relations conflictuelles avec les hommes, l'instabilité affective des couples, la précarité du lien conjugal est le motif principal de consultation chez un gadèd zafè (guérisseur) ou chez un psychologue. Je porte bien sûr sur mes compatriotes, le regard d'une thérapeute informée de leurs maux. Je me suis rendue compte que ces maux révélaient avant tout les dysfonctionnements d'une organisation familiale née de l'esclavage. La famille antillaise repose sur un personnage : la mère dont la force garantit l'équilibre familial. Cette famille, qualifiée de matrifocale, est structurée autour de la mère ou de la grand-mère. Les hommes sont absents, car souvent de passage. Ils engrossent et ils partent, encore soumis malgré eux à l'article 12 du code Noir :
« Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents ».
Le concept de matrifocalité désigne un certain type d'organisation familiale qui prévaut dans la Caraïbe et dans les Amériques noires. Elle se définit notamment par la place centrale qu'occupe la mère au foyer et l'absence du père. Cette position centrale et déterminante de la mère supplée la défaillance paternelle. C'est donc l'absence du père qui contraint la femme à occuper cette position matrifocale. Dans ce dispositif familial, la mère est décrite comme un être exceptionnel, forçant l'admiration de tous par son courage et sa force à affronter une situation économique souvent précaire.
L'homme se distingue par son irresponsabilité, son machisme, son donjuanisme, et son alcoolisme.
Viviane Romana, Docteur en psychologie